La loi de réciprocité

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illustration 2 réciprocitéEn Occident, le don « gratuit » et le sacrifice sont idéalisés. Mais si on peut donner sans attendre de retour, l’obligation de rendre fait partie de notre psychisme. Dans son « Essai sur le don » Marcel Mauss, montre comment le don crée la dette et comment la dette doit être remboursée sous peine de graves dommages sociaux. Les échanges inégalitaires établissent des liens de domination et sujétion. Deux psychologues de l’université du Michigan ont montré qu’un don trop important suscite une réaction de rejet chez toute personne qui redoute de ne pas pouvoir rendre l’équivalent. Un cadeau trop fastueux empêche son récipiendaire d’exercer son « droit à la réciprocité » et le rend agressif ou distant. Celui qui donne est sujet, celui qui reçoit est objet. La dette sera payée par un comportement inconscient. Donner, c’est prendre un risque relationnel, séparer un petit morceau de soi pour l’offrir à l’autre donc risquer de se sentir rejeté si l’autre n’accepte pas ou n’apprécie pas le cadeau. Donner, c’est reconnaître en face de soi l’existence de l’autre, le voir comme différent de soi. Donner peut être un acte égoïste en ce sens que celui qui donne y trouve une valorisation personnelle. Le donneur prend du pouvoir sur le récipiendaire, puisqu’une petite partie de lui sera désormais chez l’autre. En outre, il oblige l’autre, le récipiendaire, tant qu’il est débiteur, il est dépendant et infériorisé. Recevoir sans contrepartie entretient aussi la passivité. Le récipiendaire est considéré comme non compétent, il se vit ainsi et ne bouge plus pour lui-même. Adulte, un enfant insuffisamment aimé peut chercher à donner sans cesse, à tout le monde, comme pour effacer sa dette car un enfant qui n’a pas reçu d’amour est en dette. Ses parents l’ont assumé alors qu’ils ne l’aimaient pas. Même si adulte il devient généreux, il se sent systématiquement débiteur. Il reste étonné quand les autres s’intéressent à lui, et les noie sous les présents.

Certaines personnes ne donnent jamais rien non par égoïsme mais parce qu’elles n’ont même pas l’espoir de se faire aimer. Elles ne veulent pas recevoir de cadeau car ne désirent pas éprouver de gratitude. Quand on a été trop humilié, dévalorisé, on a l’impression d’être vide, de ne pas avoir d’intérêt, on croit ne rien avoir à donner alors on ne donne pas. Ceux qui donnent peu n’aiment pas recevoir non plus car recevoir, c’est accepter l’échange, c’est entrer dans une dynamique de réciprocité et donc en définitive accepter un lien. Recevoir c’est aussi se sentir digne d’intérêt. Si nous nous souvenons que donner valorise, permettre aux autres de nous donner les rassure et leur donne confiance en eux. Parfois, on donne davantage en recevant qu’en donnant.
Demander c’est créer du lien. La crainte de déranger nous retient souvent de faire des demandes. Pourtant tout le monde aimera nous dépanner, tout le monde se sentira impliqué et valorisé par notre demande et désirera nous aider. Ne rien demander, c’est considérer l’autre comme inexistant et sans valeur. Demander, c’est créer du lien. Quand une personne peut résoudre un problème pour nous, elle se sent doublement valorisée. Elle a résolu un problème et elle a fait quelque chose pour autrui, elle a donné et s’est sentie utile. La formule « s’il te plaît » signifie « je reconnais que tu es libre de refuser ». Cette liberté est essentielle pour que notre demande ne paraisse pas une exigence. Personne n’aime se sentir contraint. Personne n’aime recevoir des ordres. S’il te plaît rend la liberté à l’autre, il est davantage disposé à nous faire plaisir. Le remerciement signe l’acceptation du cadeau. Merci signifie « j’ai reçu assez pour cette fois » et surtout,
il dit au donneur : « j’accepte ce que tu m’as donné, je vais l’utiliser, le faire mien, ce que tu m’as donné a de la valeur, tu as donc de la valeur à mes yeux ».